mardi 5 février 2008

Rugby et politique ?


Peut-on tirer des enseignements politiques d'un match de rugby ?

Ce week-end, le XV de France jouait en Ecosse pour le 1er match du tournoi des VI Nations 2008. Cet événement sportif était marqué par les débuts d'un nouveau trio de techniciens à la tête de notre sélection nationale. Après l'échec sportif de la coupe du monde en France, dont le remarquable succès aurait pu être magnifié par un meilleur parcours des bleus, l'attente était grande au vu des changements tactiques annoncés.
7 ans d'une stratégie musclée, défensive, bridant les initiatives et le jeu au large devaient laisser place à un jeu de mouvement, moins stéréotypé et renouant avec l'offensive. Le risque était grand de voir les ambitions ruinées par une mauvaise entame à Murrayfield. Certains commentateurs estimaient même que le rugby moderne ne permettait plus les envolées de trois quart.
Il n'en a rien été et la victoire a été au rendez-vous, doublée du plaisir évident des joueurs et de celui, retrouvé, des spectateurs. IL EXISTE BEL ET BIEN UNE AUTRE FACON DE JOUER AU RUGBY. Cette bouffée d'air frais peut sans doute être transposée à la politique. Depuis de trop nombreuses années on tente de nous faire croire qu'il n'existe plus qu'une seule façon de faire de la politique. Des experts arguent de l'archaïsme du clivage gauche/droite et tentent de convaincre qui veut bien les entendre qu'il faut moderniser et que les recettes ultra-libérales ne constituent pas des choix politiques mais une voie unique qui serait incontestable.

Dernier exemple de cette pensée unique, le rapport Attali. En 250 pages et quelques 300 propositions, sont énumérées sans hiérarchie des mesures parfois intéressantes, souvent provocatrices et toujours marquées par un parti pris politique évident. Il justifie les orientations prises par votre Gouvernement et préconise de nouveaux reculs : individualisation de la protection sociale, limitation des solidarités collectives, baisse aveugle et forcenée des dépenses publiques, suppressions de poste de fonctionnaires, allongement de la durée du travail, modération salariale, concurrence exacerbée, déréglementation et privatisation, application sauvage des standards d'une mondialisation financière toujours plus ravageuse pour les hommes et la planète…
Dans ce bréviaire ultra-libéral chaque consommateur français devient l'artisan de la remise en cause de ses propres droits et des ses propres protections. Pourtant, s'il faut peut-être adapter notre modèle social au nouvel environnement économique, il n'est pas évident que la direction vers laquelle le rapport Attali nous invite à nous enfoncer soit la plus juste socialement, et encore moins la plus efficace économiquement.
Ne serait-il pas plus utile et efficace de remédier à l'inquiétante panne d'investissements productifs des entreprises, de freiner la course aux dividendes qui fragilise des sociétés pourtant compétitives et rentables et de mieux répartir les richesses. De fait, au moment où un krach boursier fait disparaître des milliards de capitalisation boursière en quelques jours ; au moment où une banque avoue pouvoir perdre 5 milliards d'euros sans remise en cause de sa direction ; au moment où les délocalisations continuent de frapper de nombreuses entreprises la vrai réforme économique nécessaire est simple. Elle consiste à rendre du pouvoir d'achat au plus grand nombre.

On le voit bien, en matière économique aussi UNE AUTRE POLITIQUE EST POSSIBLE. Une politique où les marges de manœuvres ne sont pas gâchées par des cadeaux fiscaux colossaux aux nantis. Une politique qui ne laisse pas le marché tout régenter. Une politique qui donne la priorité au collectif, à la solidarité et à la cohésion… des valeurs qui ne sont pas seulement celles du rugby !

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